Le Général Philippe Hirtzig dirige les ressources humaines de l’Armée de l’Air et de l’Espace : une organisation de 40 000 collaborateurs, 50 métiers, 4 000 recrutements par an. Dans un entretien vidéo inédit, il nous livre son regard sur la transformation du métier RH. De plus, il aborde la vraie question sur l’intelligence artificielle. Il explique aussi ce qui va changer demain pour les recruteurs.
Il y a des discours qui tranchent avec le brouhaha habituel des débats sur l’intelligence artificielle dans les ressources humaines. Celui du Général Philippe Hirtzig, DRH de l’Armée de l’Air et de l’Espace, en fait partie. Rigueur d’un grand DRH, pragmatisme d’un décideur qui doit recruter 10 % de ses effectifs chaque année, recul d’un militaire habitué à arbitrer entre performance et humain : son regard déplace utilement quelques certitudes sur ce que l’IA est en train de faire aux RH.
Voici les 3 idées qui ressortent de son entretien et pourquoi elles devraient intéresser tout DRH du privé.
La vraie question sur l’IA n’est pas celle que l’on croit
Dans la plupart des comités de direction, le débat sur l’IA dans le recrutement commence par cette question : « Est-ce que ça déshumanise la relation candidat ? ». Le Général Hirtzig propose un renversement. Selon lui, la question n’est pas de savoir si l’IA déshumanise. Au contraire, il faut se demander si elle permet au recruteur de se concentrer sur ce qui ne devrait jamais avoir été délégué à des tâches administratives : la rencontre.
« La couche d’IA change le métier, elle ne le fait pas disparaître. C’est la complémentarité entre l’IA et l’humain qui permet d’avoir des bénéfices complets dans la chaîne de recrutement. »
Général Philippe Hirtzig, DRH, armée de l’Air et de l’Espace
Ce positionnement n’est pas idéologique. Il est mesuré. Dans l’expérience menée avec Gojob talent, l’IA a permis de qualifier et de pré-sélectionner les candidats en amont. Le taux de convergence est de 85 % entre les profils retenus par l’IA et ceux qu’auraient sélectionnés les recruteurs. Le bénéfice immédiat : du temps rendu aux entretiens humains, sur les profils qui comptent vraiment.
Le constat est transposable. Dans la plupart des services RH, les recruteurs passent l’essentiel de leur temps sur du tri, de la qualification et de la coordination administrative au détriment de la partie la plus noble, et la plus différenciante, de leur métier : la décision humaine.
Fidéliser est devenu aussi stratégique que recruter
Avec un turnover de l’ordre de 10 %, l’Armée de l’Air doit recruter 4 000 personnes par an sur 50 métiers, du cuisinier au pilote de chasse. Mais pour le Général Hirtzig, la vraie stratégie n’est pas uniquement dans l’acquisition. En réalité, elle est dans la rétention. Il dit vouloir proposer « des carrières qui parlent aux gens, et dans lesquelles ils s’inscrivent, j’allais dire presque le plus longtemps possible. »
L’enseignement pour les DRH du privé est direct : l’IA ne résoudra pas à elle seule un problème de recrutement si l’organisation ne sait pas garder ses talents en place. Le recrutement assisté par IA libère du temps mais ce temps doit être réinvesti là où il crée le plus de valeur. Autrement dit, ce doit être dans l’accompagnement des parcours, pas dans plus de sourcing.
Le métier de recruteur est en train de se réinventer
C’est peut-être le point le plus important de l’entretien.
Le Général Hirtzig observe que la fonction recrutement, historiquement centrée sur le volume et l’abattage, est en train de pivoter vers une logique de qualité. Il note également une évolution vers un matching précis. En outre, la fonction s’oriente vers l’accompagnement des parcours professionnels.
« Les recruteurs peuvent tout doucement devenir des accompagnants dans les profils et dans les parcours professionnels. Il y a plein de portes qui s’ouvrent qu’on n’avait pas imaginé. »
Général Philippe Hirtzig, DRH, armée de l’Air et de l’Espace
Ce glissement du recrutement vers la gestion des parcours est probablement l’un des effets les plus profonds de l’IA sur les RH. Contrairement à un effet quantitatif, c’est un changement de posture.
Les recruteurs qui tireront parti de l’IA ne seront pas ceux qui chercheront à faire les mêmes tâches plus vite. Ce seront ceux qui accepteront de faire un autre métier. Leur métier sera plus proche de l’accompagnement. De plus, il sera plus proche de la décision humaine, et plus éloigné de la chaîne opérationnelle.
À RETENIR EN 3 POINTS
→ La vraie question sur l'IA dans le recrutement n'est pas la déshumanisation, c'est le temps rendu à la décision humaine.
→ Recruter sans fidéliser est une fuite en avant: l'IA libère du temps à réinvestir dans l'accompagnement.
→ Le métier de recruteur ne disparaît pas. Il se déplace vers l'accompagnement des parcours.
Pour aller plus loin
Découvrez l’entretien exclusif du Général dans le Parisien et …
Les deux regards complémentaires du Général Hirtzig et du Colonel Pichavant sur le recrutement par IA dans cette vidéo. Ils reviennent également sur le déploiement de Gojob talent au sein de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Par ailleurs, ils évoquent les bénéfices mesurés après plusieurs mois d’utilisation, et leur vision de l’IA au service de l’humain dans les armées.
